Comme un boulet de canon qui défonce l’espace de l’impact, le troisième volume de Nouvelles cliniques vient d’être tiré… je ne sais pas à combien d’exemplaire, sûrement pas assez. Ce recueil de textes de soignants de la psychiatrie de l’hôpital public autour de question cliniques et institutionnelles, est brutal, tendre, lucide et engagé, bref poétique et politique. Poétique, comme le réel de la clinique l’est dans les yeux du clinicien qui sait se faire poète (et pas statisticien). Politique, la folie au cœur de l’humain, est éminemment Politique. Mais attention prévient l’avant-propos, il s’agit de « poésie au couteau, mots qui dissèquent et sans fard, nous disent la cruauté du réel » avec lequel, les soignants sont en prise.
Questions cliniques, certes, mais disons-le d’emblée, saisie au travers du vécu cru, débordant et débordé du soignant qui pudiquement ose se mettre à nu. Pour autant, les patient(e)s sont là de leurs magnifiques présences, sensibles, sombres, lumineuses, pathiques, jamais pathétiques. Nous les devinons, les voyons, les entendons, leurs mots, le tragique, la fulgurance. Une clinique du désespoir, empli d’espérance.
Questions institutionnelles, toujours déjà là, avant la rencontre avec cet autre désemparé. Institution malmenée, malmenante, souffrante aussi, aux défenses trop humaine, tantôt déprimée, souvent maniaque, perverse à ne penser suffisamment son éthique et folle… complètement malade. Dingue, disons-nous, quand on ne va pas trop mal et que l’on peut prendre un peu de recul sur ce que l’institution, fait et produit : « non mais c’est dingue ! ». Et justement, ces textes font un bien immense, car au-delà du chaos fou que la perversion trame du sol au plafond, des systèmes, politiques, institutionnels, jusque dans les familles, ils délivrent par fragments de leurs quotidiens, comment faire tenir debout des îlots d’humain qui prennent soins d’humains, cognés, broyés, en lambeaux, en prenant soins d’eux-mêmes ensembles. C’est juste magnifique.
Questions cliniques et institutionnels traversent l’ouvrage certes, mais je dirais aussi, des textes qui n’hésitent pas, parfois, à s’engager sur les chemins d’une anthropologie politique de la folie et de ses soins, soutenus par l’anthropologie clinique.
Antoine Devos et ses ami(e)s et collègues nous offrent un recueil qui témoigne sans être un témoignage, qui instruit la clinique en pourfendant les travers des cliniciens aux salmigondis défensifs, qui raconte l’institution et ses misères, et la grandeur des détails insignifiants qui tissent l’humain.
Vous l’aurez compris, la lecture mais aussi la présence de ce petit livre qui ne coûte pas grand-chose au regard de ce qu’il apporte est indispensable dans tous les services et pour tous les soignants. Et surtout, pour tous ceux qui ne le sont pas. Autrement dit tout être humain concernés par la souffrance de l’existence. J’avais dit que le tirage serait trop juste.
Nouvelles cliniques 3
Editeur(s) : La Baraque d’édition