Institut d’anthropologie clinique

Les circuits découverte de l’anthropologie clinique — Épisode 6

Les circuits découverte de l’anthropologie clinique — Épisode 6

Publié par Serge Escots le 11 avril 2016 à 16:04 | 0 commentaires

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Thématiques : Travail social, Addictions, Méthodologie et évaluation, Accueil familial, Psychothérapies, Familles contemporaines, Protection de l’enfance, Santé mentale, Sémiotique clinique

Mais au fait, c’est quoi l’anthropologie clinique ? L’anthropologie clinique est un projet, un cadre épistémologique, une démarche, en élaboration. Ses fondements et justifications théoriques sont publiés en deux parties dans la revue Psychiatrie, sciences humaines, neurosciences (PSN).

Un exemple d’anthropologie clinique appliquée : sémiotique du clivage

Jean-Claude Maes a dirigé un ouvrage collectif sur la notion de clivage dans le champ de la clinique. Cette somme décisive sur un mécanisme central du fonctionnement psychique est importante à plus d’un titre. Sous le signe du clivage, paru chez Dunod en 2015, réunit un ensemble d’auteurs qui font autorité dans leurs propres écoles (et au-delà). La perspective métapsychologique de cette production propose de dépasser les traditionnels clivages qui opposent les modèles psychopathologiquesSous le signe du clivage à propos de cette notion. Ces clivages sont préjudiciables à la diffusion pourtant indispensable de ce concept pour la clinique. D’autant plus que les mutations sociétales en cours propulsent au devant de la scène ce mécanisme de défense (prévalence de troubles narcissiques, pervers, thymopathiques, états limites…).

L’initiative de Jean-Claude Maes et son angle d’attaque s’inscrivent clairement dans le champ de l’anthropologie clinique, bien qu’il ne s’en réclame pas : « Il s’agissait de faire un premier tour d’horizon d’un champ de recherche dont on a tendance à méconnaître l’étendue, et surtout d’essayer de réduire les clivages conceptuels qui le déchirent. Je ne crois pas exagérer en parlant de clivage, car chaque école avance une définition qu’elle croit universelle alors qu’elle est indéniablement partielle, et tient les autres définitions — tout aussi partielles — dans l’ignorance, voire le mépris. »

La démarche répond à un objectif central de l’anthropologie clinique : créer les conditions d’un dialogue interdisciplinaire en clarifiant les fondements épistémologiques en jeu. De plus, l’anthropologie clinique, dans le cadre que nous lui avons donné avec Nicolas Duruz (« Esquisse d’une anthropologie clinique » I et II), repose sur l’anthropopsychiatrie de Jacques Schotte et l’anthropologie sémiotique formulée par Jean Lassègue, Victor Rosenthal et Yves-Marie Visetti, avec pour pivot la sémiotique. L’intuition de l’intérêt que représente la sémiotique pour la clinique tient précisément en cela : offrir un niveau d’analyse qui permettent d’accéder aux structures de sens implicites aux différentes écoles et modèles pluridisciplinaires pour pouvoir penser ensemble. En l’absence, de ce niveau d’analyse, le dialogue reste difficile puisqu’à l’instar d’une langue où chaque mot s’inter défini avec et par les autres, chaque concept trouve sa consistance dans la solidarité qu’il entretient avec d’autres concepts, formant ainsi un système interdépendant de significations qui caractérise une identité totalisante. C’est dans la rencontre d’une autre langue qu’une langue prend la mesure que ce qu’elle dit de la réalité n’est qu’une manière de dire. Chaque langue prétend dire le tout du monde : la rencontre avec une autre lui montre qu’il ne s’agit en fait que d’une partie du monde.

Le plan de l’ouvrage est déjà une application sémiotique puisqu’il en organise le cœur en reprenant les quatre modalités de la manifestation d’un phénomène sémiotique : potentialisation, actualisation, réalisation, virtualisation. Mais c’est à la lecture du chapitre introductif « Docteur conflit, Mister clivage » et de celui qui termine l’ouvrage, sur « Le clivage thérapeutique », que l’on peut percevoir en quoi la sémiotique permet de faire dialoguer au sein d’une même analyse, des modèles aussi différents que des modèles psychanalytiques groupalistes, freudien, lacanien, kleinien ou des thérapies familiales systémiques.

Ces deux chapitres sont des exemples convaincants de l’usage de la sémiotique dans cette perspective. Il va de soi que la sémiotique peut s’étendre à d’autres modèles, et que ceux rassemblés ici ne couvrent pas l’exhaustivité de la question du clivage. Ainsi pour la perspective de l’anthropologie clinique qui est la notre, le point de vue des neurosciences sur le clivage comme mécanisme psychopathologique manque et nous paraît indispensable à ce tour d’horizon. Enfin remarquons que l’approche sémiotique convoquée ici est dans le droit fil de l’école de Paris d’A.-J. Greimas et de ses successeurs, le carré sémiotique principalement utilisé dans les analyses de Jean-Claude Maes en est emblématique.

Serge Escots

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