Institut d’anthropologie clinique

Fabrice Olivet : « La question métisse : une identité française : essai d’anthropologie politique »

Fabrice Olivet : « La question métisse : une identité française : essai d’anthropologie politique »

Publié par Serge Escots le 27 avril 2011 à 23:04 | 0 commentaires

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Thématiques : Travail social, Santé mentale

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Fabrice Olivet a fait paraître en janvier un essai sur l’histoire politique moderne du racisme en l’envisageant dans sa perspective métisse. La question métisse est un essai documenté dont on pressent à l’arrière-plan de la réflexion l’expérience intime de l’auteur. Servi par une écriture tonique au style direct et enlevé, le texte est d’une lecture agréable, qualité appréciable pour ce genre d’exercice. Précisons d’emblée que le propos n’a pas tant pour ambition l’exhaustivité académique que de secouer notre conformisme contemporain. Néanmoins ce travail convoque une impressionnante documentation pour étayer sa thèse. Avant d’analyser ce qu’il considère comme spécifique dans le « racisme français », Olivet reprend la place du nazisme dans l’histoire du XXe siècle ; les prémisses de la question métisse au travers de notre histoire ; la Révolution Française comme creuset idéologique ; et le colonialisme dans son rapport à l’assimilation.

L’ouvrage est sous titré : Une identité française. L’auteur a-t-il voulu apporter son regard — celui d’un métis — mais aussi sa réflexion historique au débat franco-français sur l’identité nationale ? Un « débat » corrompu par un enjeu politicien avant qu’il ne soit politique.

En prise avec l’actualité et l’histoire récente de notre pays, Olivet analyse les tensions identitaires qui nous secouent montrant les impasses des discours qui négligent la part anthropologique du racisme. Cette part maudite de la peur et du dégoût de l’autre qui s’ancre dans la réalité des corps et de la sexualité. Pour Olivet, avant d’être discours et imaginaire sur l’autre, le racisme renvoie en première instance au réel de l’altérité. Il met en évidence les discours racistes, qu’ils soient extrémistes ou racistes à leur insu, actuels ou des deux siècles précédents, qui essentialisent le noir, le juif, l’arabe.

À mon sens, l’intérêt de ce travail est de prendre à revers les discours dominants de droite comme de gauche sur l’identité nationale, en montrant l’originalité historique de la position française à l’égard du métissage depuis la Révolution. L’universalisme révolutionnaire français est une matrice qui permet de penser le métissage.

Il n’en va pas tout à fait de la même manière de l’autre côté de l’Atlantique. Ainsi, Obama, cachait à l’adolescence l’origine blanche de sa mère car il refusait la facilité de s’attirer « les bonnes grâces des blancs ». À l’inverse, à la même époque, l’auteur revendique son origine du 9-3. Il montre qu’à la différence des USA où le métis n’existe pas, en France le fait métis est envisagé positivement (la liste est longue de Dumas à Noah en passant par Salvador). Pour Olivet, « Obama n’a pas été élu parce qu’il est métis, mais malgré le fait qu’il soit noir ». Rappelons que « une seule goutte de sang noir » vous fait noir.

L’identité française autoriserait, selon l’auteur, à penser le métissage comme solution plus que comme problème. Cette position rejoint le concept de créolisation ou la vision du « Tout-monde » du poète et philosophe antillais récemment disparu Édouard Glissant, ou encore l’éloge de la Créolité chère aux écrivains Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Et si, s’interroge Olivet, « le génie de la France était […] dans notre appétence pour le métissage ? »

Serge Escots

Liens : fiche du livre dans Passion du livre ; un article de l’auteur dans Rue89.

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