Institut d’anthropologie clinique

L’édito — Dessiner et hausser les épaules

L’édito — Dessiner et hausser les épaules

Publié par Élisabeth Suteau le 20 juin 2017 à 16:06 | 0 commentaires

Mots clés : ,

Penser : savoir dessiner

Le dernier Philosophie Magazine est tombé dans l’espace de pause et d’attente de l’IAC. On peut y lire ce mois-ci une interview de Gonçalo M. Tavares.

Jeune, Gonçalo M. Tavares  s’intéresse au sport, aux mathématiques et à la peinture. Il est aujourd’hui écrivain et enseigne l’épistémologie à l’université de Lisbonne — son cours actuel s’intitule « Culture et pensée contemporaine » — et il donne des conférences dans le monde entier.

Le personnage et son écriture détonnent et déstabilisent. Pour Alexandre Lacroix qui mène l’interview, Tavares est une « pure singularité » dans sa manière de manier les mots et les idées. En effet, pour Tavares, « Voilà ce qu’est penser : savoir dessiner. La géométrie, on le sait, comme chose ancienne. Ce qui sépare – ce qui relie. » (Matteo a perdu son emploi)

Penser dans l’espace donc, plutôt que dans le temps. Privilégier dans l’écriture « les mots qui peuvent être dessinés ». Et crayonner tout et tout le temps.

Extraits de Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques :

Extrait de l’ouvrage <em>Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques</em> (G.-M. Tavares)Extrait de l’ouvrage <em>Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques</em> (G.-M. Tavares)
Extrait de l’ouvrage <em>Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques</em> (G.-M. Tavares)Extrait de l’ouvrage <em>Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques</em> (G.-M. Tavares)
Extrait de l’ouvrage <em>Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques</em> (G.-M. Tavares)Extrait de l’ouvrage <em>Monsieur Swedenborg et les investigations géométriques</em> (G.-M. Tavares)

Les livres de Gonçalo M. Tavares ne ressemblent à aucun autre. Ils ne se ressemblent pas non plus l’un l’autre (lire des extraits aux Éditions Viviane Hamy).

Hausser les épaules

Pour Alexandre Lacroix « Tavares n’a de cesse de vouloir saisir où passe la frontière entre les animaux, les êtres humains et les machines et il essaie de livre en livre de la dessiner. »

Les sociétés contemporaines, nous ballottent entre ces deux antipodes d’homme-animal ou homme-machine laissant la part belle à l’omniprésence de la folie — puisque nous évoquons la frontière. Pour Tavares, être humain, c’est « rester au centre », « se situer dans ce juste milieu qui est propre à l’humain ».

Rechercher cette articulation humanisante, c’est ouvrir le dialogue tant avec l’injonction d’être de parfaits et performants humains-machines, qu’avec notre condition animale et sa panoplie de pulsions qui se rappellent immanquablement à nous.

Ouvrir le dialogue, un peu à la façon d’un Bartleby — et peut-être aussi un écho à l’éthique minimaliste d’Ogien — quand on vous donne un ordre, se donner la possibilité de « préférer ne pas »… Pour Tavares, il faut pour rester humain être « un humain qui hausse les épaules » :

« Celui qui est indifférent à la compétition, qui ne se soucie guère de ce que les autres pensent de lui, qui se fiche de devenir riche, qui ne convoite pas le pouvoir, qui ne recherche aucune gloire, c’est-à-dire qui hausse les épaules face au monde, est le seul à rester vraiment humain et à pouvoir se tenir dans un dialogue harmonieux et non chaotique avec sa propre animalité. »

D’un humain dans l’espace

Touchant n’est-ce pas que ce « qui suis-je ? » qu’il prononce de si loin de son berceau, se mue en un « que suis-je ? »…

Élisabeth Suteau

Publiez votre commentaire

Mollom CAPTCHA

Commentaires

Personne n’a encore commenté cette page.

Flux RSS pour les commentaires de cette page | Flux RSS pour tous les commentaires