Institut d’anthropologie clinique

Drogues, observer et agir

Drogues, observer et agir

Publié par Guillaume Sudérie le 25 janvier 2016 à 13:01 | 0 commentaires

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Thématiques : Travail social, Addictions, Écrits professionnels, méthodologie et évaluation, Psychothérapies, Familles contemporaines, Protection de l’enfant, Santé mentale, Sémiotique clinique

Le lecteur qui consulte les différents rapports d’observation du phénomène concernant les usages de drogue en France produits à la fin de l’année 2015, retiendra que le cannabis est aujourd’hui un phénomène d’ampleur jamais égalé, que la cocaïne est disponible et accessible pour ceux qui en ont les moyens, que l’alcool est au centre de mésusages à l’origine de multiples problématiques sociales et de santé et qu’internet est un nouveau vecteur d’achat pour des drogues traditionnelles ou des nouvelles molécules de synthèse appelées NPS.

Tous ces éléments largement diffusés par les réseaux de professionnels, voire les médias s’inscrivent dans une tendance qui n’appelle apparemment pas à une réflexion plus approfondie.

Toutefois, ces derniers rapports mettent en lumière un fait nouveau qui passe inaperçu pour beaucoup, mais qui signifie énormément si on s’intéresse aux drogues et ce qu’en font les humains.

Ce phénomène spectaculaire pour des observateurs assidus est la disparition du deal de rue d’héroïne au profit du deal de médicaments opiacés. Ce constat conclut un long processus de renversement de paradigme initié au milieu des années 90. La mise en place des Traitements de Substitution aux Opiacés (TSO) a mis les problématiques somatiques et de dépendance en lien avec l’usage de médicaments opiacés au premier plan (buprénorphine, méthadone et de sulfate de morphine), loin devant celles en lien avec l’usage d’héroïne.

Comment comprendre que ces molécules à l’origine des addictions les plus fortes soient aujourd’hui des médicaments prévus pour soigner ces dépendances ? Comment considérer qu’au-delà des molécules, ce sont les fonctions et les contextes d’usage qu’il faut analyser ? Et comment le faire ?

S’il est relativement facile de suivre les dernières tendances en matière d’usage de drogue, il est plus complexe d’appréhender la signification de ces évolutions et leurs impacts sur les personnes et plus particulièrement les plus vulnérables.

Pour les addictologues, la prise en charge des patients atteints de troubles addictifs est une chose complexe, mais aujourd’hui les pratiques sont validées scientifiquement, constituant une spécialité à part entière, l’addictologie.

Pour les non-spécialistes, qu’ils soient soignants ou travailleurs sociaux, parler des usages, se situer vis-à-vis de l’usager, aider à faire émerger une demande, trouver les moyens pour tenter de répondre à ces demandes est difficile. Il n’est pas rare que face à ces situations, ils préfèrent une position de retrait faute de ressources.

Connaître les pratiques, appréhender les modalités de fonctionnement biologiques, sociales et psychiques permet de poser un autre regard sur l’autre et ses pratiques de consommation qui soit effraie, soit fascine, du moins qui rend difficile un positionnement efficient.

C’est pour cela que la formation « Travailler aujourd’hui avec des personnes qui rencontrent des problèmes liés aux substances psychoactives » a été conçue.

Elle propose une approche transversale allant de la description des pratiques d’usage les plus répandues (alcool, cannabis…) aux pratiques les plus atypiques, car elles permettent toutes d’illustrer les logiques contemporaines des usages de psychotropes, elles-mêmes inscrites dans une anthropologie combinant neuroscience, dimensions sociales et culturelles, psychiques et symboliques.

Elle propose d’appréhender le phénomène de manière globale afin de sortir des éléments de sens commun (légal/illégal ; biologique/social…) et d’aider les professionnels à s’interroger sur les pratiques de l’autre, pouvoir parler avec lui, l’accompagner et l’orienter.

Guillaume Sudérie

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