Institut d’anthropologie clinique

Clinique des familles contemporaines

Clinique des familles contemporaines

Publié par Serge Escots le 7 décembre 2009 à 14:12 | 1 commentaires

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Thématiques : Travail social, Psychothérapies, Familles contemporaines, Protection de l’enfance, Santé mentale

L’IAC consacre deux ateliers cliniques au travail avec les familles contemporaines. Cette terminologie peut paraître curieuse, car dans l’absolu avec qui d’autres un clinicien familial pourrait-il bien travailler ? Les familles contemporaines ont cette caractéristique d’appartenir à une même époque et de ce fait d’être déterminées dans leurs configurations, leurs pratiques et les discours qui les concernent, par la même idéologie (« Idéologie : ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque », Petit Robert, 2007).

Pour l’anthropologie des sociétés lointaines, mythes et rites sont interdépendants comme le sont idéologies et pratiques sociales pour l’anthropologie des mondes contemporains.

Les configurations familiales dites « nouvelles » : les formes de parentalités multiples qui dissocient parenté et parentalité en ajoutant ce qu’Agnès Fine appelait des parents « en plus » (Esprit, mars 2001) ; ou moins fréquemment, les familles qui ont recouru à l’adoption ou aux techniques médicales de procréation ou à la gestation pour autrui ; ou encore les multiples formes d’homoparentalité. Ces configurations nouvelles existent parce qu’existe un certain nombre de valeurs, croyances et représentations propres à notre époque. Celles-ci sont assemblées par des structures narratives profondes (Greimas, 1966) dans de multiples discours qui légitiment ou tendent à légitimer ses nouvelles pratiques sociales. Ce sont les mêmes structures narratives profondes qui travaillent les familles dites par contraste « traditionnelles ». Ce que l’on rencontre dans les marges de la famille contemporaine en éclaire en fait ce qui en fait le cœur.

Au travers de l’étude de ces configurations, la mise à jour de ces structures est précieuse pour le clinicien, car elles concernent en fin de compte toutes les familles. Les structures narratives qui concernent le monde sémiotique de la famille permettent de penser, aussi bien la co-parentalité des familles dites « recomposées » que celle de familles homoparentales. Elles sont communes à toutes les familles qui partagent le même espace sémiotique. Bien entendu, y compris les familles qui sont hostiles à telle ou telle configuration. On n’échappe pas à l’ambiance sémiotique de son époque !

Il y a donc dans le champ de la famille des transformations sociales qui sont le signe de nouveaux assemblages narratifs à des niveaux structurels profonds. Prenons simplement la question de la séparation et du divorce à la base des familles dites « recomposées ». Si l’élevage des enfants par des beaux-parents est une pratique ancienne, on sait bien que ce qui change, c’est la cause de la recomposition. On ne se remarie pas tant pour cause de veuvage que par élection d’un nouveau partenaire amoureux. Il s’agit là d’une transformation profonde du sens du couple, de la conjugalité, mais aussi des liens entre parents et enfants. L’axe sémantique des « liens de sang » et des « liens affectifs » qui organise les liens sociaux de la famille se voit soumis à des tensions. De nouvelles structures apparaissent pour lesquelles chaque famille se doit d’inventer des narrations pour répondre aux besoins psychiques de chacun.

Les conflits familiaux qui ne cessent d’augmenter parmi les motifs de signalement dans le cadre de la protection de l’enfance sont un symptôme de ce déficit d’invention qui lâche la bride au déchaînement des passions mortifères. Même si parfois la publicité pour les voitures intègre et utilise ses structures et participe ainsi à la normalisation de ces situations nouvelles, les ressources narratives restent à développer au sein de la société pour permettre à chacun de se construire.

Trouver sa place, son rôle, comme mère, père, enfant, adolescent, jeune adulte, ne va pas toujours de soi dans le cadre de ces transformations du champ de la parentalité et de la famille. Et ce d’autant plus lorsqu’un symptôme apparaît qui vulnérabilise chacun dans des registres convoquant incompétence et culpabilité. Ainsi se trouvent activées  des défenses comme le déni, la stigmatisation, le bouc émissaire ou la victime… mécanismes et figures inhibitrices des ressources familiales que la relation clinique vise à mobiliser.

Serge Escots

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Commentaires

  • Merci beaucoup de participer à la théorisation qui prend mieux en compte la dimension anthropologique et sociologique.

    Envoyé par Maïté Comte, 9 décembre 2009 (il y a 8 années )

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